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La prise en compte de la démographie : une nécessité !

Demain La Décroissance N°11

dimanche 9 juin 2013, par Denis Garnier

Des projections en nette hausse

En 2009, à la création de « Démographie Responsable », la population mondiale était censée se stabiliser aux alentours de 9 milliards au milieu de ce siècle. Or, en mai 2011, selon l’hypothèse moyenne de fécondité, la projection de population pour 2050 est passée à 9,3 milliards et, à cette occasion, l’ONU a inauguré une nouvelle projection (celle pour 2100) en tablant sur 10,1 milliards, sans plus faire référence à une quelconque stabilisation.

 

Deux ans plus tard, en juin 2013, les nouvelles projections de l’ONU ont été de 9,6 milliards pour 2050 et 10,9 milliards pour 2100.

Alors que nous sommes déjà 7,2 milliards, dans 36 ans seulement, nous pourrions finalement être 2,4 milliards de plus (+ 33%) … et en 2100 : 3,7 milliards de plus (+ 51%) !

 

Des chiffres astronomiques

Il aura fallu de l’ordre de 100.000 ans à l’espèce humaine pour arriver au premier milliard, seulement 12 ans pour gagner le dernier et probablement 13 ans pour le suivant … on peut également citer le cas de l’Inde, qui en 2050 comptera à elle seule autant d’habitants que la planète toute entière au début du vingtième siècle … ou encore le cas de l’Afrique qui en 2100 pourrait avoir 4 milliards d’habitants, soit ce que l’ensemble de la planète comptait en 1974 ... année où un certain nombre de lecteurs étaient déjà nés et où une partie de leurs contemporains s’inquiétaient de l’inflation de nos effectifs.

 

Population et densité

La question de la surpopulation est d’abord mondiale mais elle est parfois encore plus prégnante au niveau local. On peut citer plusieurs « points chauds » avec en tête le Bangladesh qui, dans 36 ans, aura une densité de population qui si elle était identique en France nous conduirait à être 775 millions ! Il est suivi du Burundi, du Rwanda, d’Haïti et des Philippines dont les densités nous conduiraient à être de six cents à trois cents millions.

 

On pourrait néanmoins objecter à raison que ces pays sont plus petits que le nôtre et que l’extrapolation ne se justifie pas pleinement : en effet, ceux-ci ne seraient somme toute qu’une province française plus ou moins étendue. Il n’en va pas de même pour les trois pays qui les suivent sur cette liste, à savoir l’Inde, le Nigéria et le Pakistan et qui sont plus grands que le nôtre : avec des densités équivalentes aux leurs, nous serions aux alentours de 260 millions en 2050 ! Qui peut croire que nous conserverions alors un quelconque bien-être ? Et pourtant les malheureux habitants de ces pays devront « faire avec ».

  

Empreinte écologique et biocapacité*

On fustige régulièrement, et à juste titre, l’empreinte des pays occidentaux. Il est vrai qu’au regard d’une moyenne mondiale (par tête) de 2,7 hectares globaux (hag), celles des USA (7,2), de l’Australie (6,7) ou du Canada (6,4) sont très largement excessives.

On laisse cependant un peu trop de côté la question de leur biocapacité : USA (3,9), Australie (14,6) et Canada (14,9). En effet, si un pays génère des nuisances écologiques via son empreinte (débit), il crée aussi des services écologiques via sa biocapacité (crédit) et il est donc intéressant d’étudier la différence des deux.

 

Si l’on classe les pays suivant ce solde, force est de constater que l’américain moyen se retrouve derrière un certain nombre de ses collègues européens (dans un ordre décroissant : belges, néerlandais, suisses, danois, italiens, anglais et grecs). Quant aux canadiens et aux australiens, ils sont largement créditeurs comme on l’aura remarqué. Cela ne signifie pas pour autant qu’il est « moral » que certains habitants du nord puissent consommer (et gaspiller) beaucoup plus que ceux du sud, sous prétexte que leur pays est vaste, comblé par la nature et peu peuplé (cas du Canada ou de l’Australie par exemple) ; mais notre planète est divisée en états indépendants et c’est à partir de cette réalité « administrative » que la communauté internationale s’est organisée et qu’elle continuera à gérer la planète pendant sans doute encore longtemps.

 

Biocapacité et population

Intéressons-nous maintenant aux chiffres publiés conjointement par le Global Footprint Network (GFN) et le WWF dans le rapport Planète Vivante de 2012 et qui concernent les cinquante dernières années (de 1960 à 2010). L'empreinte écologique individuelle moyenne mondiale est passée de 2,3 à 2,7 hag (+0,4) dès 1970 et ensuite elle est restée relativement stable.

 

Par contre la biocapacité a diminué régulièrement et inexorablement de 3,2 à 1,8 hag (moins 1,4). La raison est que la planète étant de dimension finie, sa biocapacité globale a tendance à peu évoluer. Par exemple, bien que l’on puisse la bonifier en améliorant les techniques agricoles, dans le même temps nous perdons des terres arables, du fait de l’artificialisation des sols ou de leur appauvrissement.

Au final, même si la biocapacité globale de la Terre a un peu augmenté durant ces 50 dernières années, comme la population a doublé pendant la même période, eh bien la biocapacité individuelle (biocapacité globale divisée par population) a pratiquement été réduite de moitié.

 

Le dépassement écologique apparu en 1970, c'est-à-dire le fait que nous utilisons plus que la planète ne peut nous apporter de façon pérenne, est donc finalement uniquement dû à la baisse de la biocapacité et donc à l’augmentation de la population.

 

Empreinte et population

Bien évidemment, ces moyennes cachent de grandes disparités régionales et il est donc intéressant de voir le rôle joué par les États reconnus comme étant les plus pollueurs.

 

L’Union Européenne, du fait de l’amélioration du niveau de vie de ses habitants, a vu passer (entre 1961 et 2009) son empreinte individuelle de 3,4 à 4,5 hag (+32%). Sa population quant à elle (de 1960 à 2010) est passée de 382 à 477 millions d’habitants (+25%). Malgré des intervalles de calcul qui ne sont pas rigoureusement identiques, on peut grosso-modo dire que les 65% d’augmentation globale de l’empreinte de l’UE sont dus pour 29% à celle de la population et pour 36% à celle de l’empreinte individuelle, c’est-à-dire à l’évolution de notre mode de vie.

 

L’exemple des USA est encore plus significatif. En effet, sur cette même période, l’empreinte individuelle est passée de 6,6 à 7,2 hag (+9%) et la population y est passée de 186 à 312 millions (+68%). Au final, l’augmentation de 83% de l’empreinte globale des USA est due pour 71% à celle de la population et pour seulement 12% à celle de l’empreinte individuelle.

 

Indépendamment du fait que cette différence entre le vieux et le nouveau continent tient au « rattrapage » du premier sur le second, grâce à ces deux exemples représentatifs, on voit clairement que sur les cinquante dernières années, l’augmentation de la population a joué un grand, voire un très grand rôle dans l’augmentation de l’empreinte écologique des pays occidentaux.

 

Or ce sont ces derniers qui sont reconnus comme étant les principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Force est alors de constater que c'est en grande partie l'augmentation de leur population qui en est responsable. Si ces pays avaient suivi les recommandations du Club de Rome dans les années 1970, en gros la croissance zéro, on peut affirmer que nous n'en serions pas là.

 

On peut donc légitimement se poser la question suivante : pourquoi ce qui s'est avéré vrai historiquement ne serait-il pas encore vrai aujourd'hui ? Pourquoi ne devrions-nous pas nous inquiéter d'un phénomène (la croissance excessive de la population en l'occurrence) qui a montré sa nocivité par le passé ?

 

Quid d’ici à 2050 ?

 Selon le rapport 2011 de l’INED, d’ici au milieu du siècle, les « gains » de population prévus se répartiront ainsi : Afrique (+1,3 milliards), Asie (+980 millions), Amérique (+270 millions), Océanie (+20 millions) et Europe (moins 14 millions).

 

De ce fait, mécaniquement, l’empreinte écologique est appelée à augmenter et la biocapacité à diminuer, de telle façon que le GFN prévoit que nous passerons de l’utilisation (théorique) de 1,7 planète aujourd’hui à 2,7 planètes en 2050. Cette planète supplémentaire ne sera pas due à l’augmentation de l’empreinte individuelle des occidentaux (dont on peut même raisonnablement penser qu’elle diminuera du fait des justes campagnes menées par les gouvernements et les ONG).

 

Non, le besoin de cette planète (fictive) dont nous ne disposons pas, et donc au final la détérioration continue de la planète (réelle), sera dû, d’une part à la légitime amélioration du niveau de vie des populations du sud et d’autre part à l’augmentation des effectifs.

 

Si nous voulons tenter d’éviter la seconde partie de ce scénario (qui représentera les trois-quarts de l’impact supplémentaire), il va sans dire que la maîtrise de la démographie mondiale (via des politiques non-coercitives en faveur de la famille restreinte), suivie de sa lente décroissance sur plusieurs générations, est un chantier écologique au moins aussi important que celui de la baisse de la consommation.

C’est la raison pour laquelle, notre association, ainsi que toutes celles qui œuvrent dans la même direction dans le monde, appellent l’ONU à décréter un « état d’urgence démographique ».

 

*L’Empreinte écologique par tête, en nombre d’hectares globaux**, est la surface nécessaire pour produire les ressources qu’un individu consomme et pour absorber les déchets qu’il génère. La biocapacité est la surface disponible permettant d'assurer la production des ressources et l'élimination des déchets.

 

**Un hectare global (hag) est un hectare qui aurait la productivité moyenne de la planète.


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